mardi 10 mai 2011

Le soleil des enfants perdus, Guy Marchand




Ce livre est un voyage à travers les souvenirs, les rêves, les rencontres, la littérature, un voyage à travers deux pays : la France et l’Algérie. Ce livre, c’est aussi le récit d’un rescapé de guerre. Un survivant blessé à l’âme, qui traîne toute sa vie une douleur sourde, un mal au cœur, la nausée. Pendant toute une vie, Romain construit un barrage de mots pour se protéger de la mort « dans toute sa simplicité, toute sa vérité, toute sa pureté ». Le goût du chef-d’œuvre est le fil rouge de l’existence de Romain, à partir du jour où, quelque part entre la vie et la mort, il fait l’une des plus belles rencontres de sa vie.


Un long chemin a été parcouru entre la guerre d’Algérie et le moment où les lignes de ce livre ont été écrites avec un stylo Mont Blanc. Les premiers mots de cette histoire sont nés quelque part en Provence, avec en arrière plan, derrière les fenêtres, un paysage ensoleillé, car l’auteur « ne reviendrait jamais plus au Nord, il se sentait aspiré par le Sud ».

J’ai été la première lectrice de ces mots, la première à écouter plutôt, car j’ai eu le privilège, le droit sacré de la femme d’écrivain d’assister aux séances de lecture à haute voix (baryton léger) par l’auteur en personne. J’ai été la première à pleurer et à rire, à rire et à pleurer sur la vie de Romain, sur la vie de Saïd, sur leurs blessures, sur leur rencontre, sur le turban de Simone de Beauvoir, sur les convictions de Sarah, sur le duffle-coat d’Evelyne, sur Samira qui cherche à retrouver les traces de son histoire perdue.

Écrire, c’est parler sans être interrompu. Certaines personnes ont du talent pour écrire, cette faculté de glisser des sentiments dans les mots et d’éveiller l’émotion chez ceux qui ont le talent de lire. « Commencer par une phrase vraie… » a dit Hemingway (Paris est une fête). Une phrase vraie n’est pas une quelconque idée exprimée par l’auteur, mais tout un monde contenue dans quelques lignes, une seule ligne parfois.

Ce livre est vrai, il est intuitif et riche en émotions et en détails, qui se fondent dans des thèmes plus larges. C’est un livre honnête, il ne cherche pas à impressionner et pourtant il a de l’impact, car il est profond et sincère. L’auteur est un flâneur, sans aucun doute, mais il a fait à pied un long voyage sous le soleil brûlant de Bou Saâda, « sous un soleil immense, sans contours, sans pitié et sans qu’on puisse dire s’il était à des années lumières ou à dix centimètres de sa casquette Bigeard ». C’est d’ailleurs le soleil qui a le dernier mot dans ce livre, comme un souvenir précieux à moite oublié, qui nous échappe pour toujours…

5 commentaires:

Spiruline a dit…

Heureux l'écrivain qui jouit de l'écoute sensible de sa compagne, de sa plume intelligente et de son objectif lumineux! Toi aussi tu sais écrire et nous donner envie de découvrir ce livre dont tu as su subtilement illustrer la couverture. Un très beau billet!

Adelina a dit…

Merci !

Anonyme a dit…

Je ne reconnais pas votre plume entre les lignes de ce très beau post ... mais j'imagine combien votre mari doit être fier et sous le charme de sa ravissante épouse.

Adelina a dit…

Si, si c'est bien ma plume. J'ai même gardé le brouillon écrit à la main. J'avoue je me suis concentrée et j'ai donné deux heures de ma vie pour écrire ce texte. Les billets de mon blog sont rédigés en général en 5-10 minutes sans passer par la case "brouillon", ce qui explique sans doute la différence. J'ai fait des études littéraires et j'écris très facilement et avec beaucoup de plaisir sur des sujets divers et variés , mais je ne publie pas tous mes textes sur mon blog, loin de là. Ce blog restera léger et superflu comme son titre.

Adelina a dit…

J'ai aussi utilisé quelques citations du livre de mon mari pour ce texte. Tout ce qui est entre guillemets est dans dans le livre.