samedi 17 janvier 2009

La comtesse de Castiglione






La Comtesse de Castiglione née Virginia Elisabetta Luisa Carlotta Antonietta Teresa Maria Oldoïni, (23 mars 1837-28 novembre 1899), inhummée au cimetière du Père-Lachaise (division 85). Une aristocrate italienne qui a épousé le comte de Castiglione à 16 ans. En 1955 (l'année de naissance de son fils) la comtesse arrive à Paris. Elle devient la maîtresse de Napoléon III. Le scandale provoqué par cette liaison oblige son mari de demander le divorce.
La comtesse de Castiglione était célèbre pour sa beauté. Robert de Montesquiou fut fasciné par la comtesse : "Je n'oublirai jamais l'émotion qui s'empara de moi le jour où j'appris qu'une femme vivait derrière les persiennes constamment closes d'une certaine encoignure de la place Vendôme et que cette femme était celle dont le nom etait devenu synonyme de beauté". La voyant paraître, la princesse de Mettrenich confiait: "Je suis pétrifiée devant ce miracle de beauté: cheveux admirables, taille de nymphe, teint de marbre rose! En un mot, Vénus descendue de l'Olympe! Jamais, je n'ai vu une beauté pareille, jamais je n'en reverrai plus comme celle-là!"
Les biographies de la comtesse de Castiglione éclairent surtout ses relations avec les hommes influants de son temps et les conséquences politiques de ses relations. On ne parle que très brièvement du fait qu'elle ait posé pour le photographe Pierre-Louis Pierson, mais c'est justement ce fait qui en dit long sur la personnalité de la comtesse de Castiglione. Au mois de juillet 1856 la toute jeune comtesse se rendit pour la première fois chez Mayer § Pierson, l'atelier de photographie des gens du monde. Elle reviendra dans cet atelier regulièrement pendant 40 ans. On ne sait pas le nombre exacte des photographies de la comtesse de Castiglione, on sait qu' en 1913 Montesquiou en possedait 434. C'était sans aucun doute la femme la plus photografiée de son époque. Au 19 siècle le temps de pose était une torture. Nathalie Léger a tenté l'expérience: "Je retourne dans ma chambre, je prépare la scène, je m'assois confortablement, la tête dans la main, le coude bien calé sur la table, je m'immobilise, exposant mentalement devant moi ma propre image, la forgeant luisante, vive et réfléchissante, d'une netteté impitoyable, et c'est alors, ayant à peine pénétré dans le silence, qu'un premier effondrement se produit, ce n'est pas l'immobilisation du corps qui gêne, c'est l'immobilité du regard, une fixité qui défait tout aplomb, en quatre-vingt-six secondes je perds contenance, tout cligne, les yeux brûlent, le visage se brouille, la nuque s'ankylose, deux minutes vingt-cinq, je perds la vue intérieure, trois minutes sept, je suis la suppliciée aveugle que décrit Pierson en parlant des débuts du portrait". Il a fallu être très motivé pour poser pour plus de 400 photographies à cette époque-là.
La photographie de mode n'existait pas encore et la comtesse de Castiglione invente littéralement le genre en posant avec ses robes de Bal, des costumes, des accessoires qu'elle choisit elle- même avec le plus grand soin. Elle n'est pas un instrument , un modèle passif. Un jour elle lance au photographe: "Avez-vous bien conscience de ce que Dieu accomplit pour vous en vous faisant le collaborateur de la plus belle créature qui ait existé depuis le commencement du monde?" Elle invente des mises en scène, des poses parfois innatendues, elle donne le titre pour chaque photo. Sous l'un de ses portraits, en 1861, elle copie ces deux vers: "En voyant la Douleur si belle,/ Qui pourrait vouloir du Bonheur?"

La comtesse Castiglione se rendit à l'atelier pendant 40 ans, même pendant les années de sa reclusion volontaire au 26 place Vendôme (l'adresse de la boutique Boucheron actuellement) et plus tard dans un petit appartement sombre et sale de la rue Cambon, elle revenait régulièrement poser devant l'objectif de Pierre-Louis Pierson. On dirait que ces moments de pose étaient l'essence même de sa vie, qu'elle se précipitait de rendre immortel ce qu'elle avait de plus précieux, sa beauté, qu'elle voulait ériger sa personne au rang d'une oeuvre d'art.
A son époque ce comportement était choquant. "Elle avait pour elle -même un culte qui frisait l'idolâtrie." (le compte de Maugny). Serait-il perçu de la même manière aujourd'hui? Cindy Sherman avec ses interminables autoportraits est considérée comme une artiste, point. La comtesse de Castiglione, serait-elle tout simplement en avance sur son temps, annonciatrice de la civilisation Ego Imago?

Un très beau livre consacré à la Comtesse de Castiglione: http://livre.fnac.com/a2471649/Nathalie-Leger-L-exposition
Un livre qui contient 130 photographies de la comtesse de Castiglione: http://livre.fnac.com/a2231359/Marianne-Nahon-La-Comtesse-de-Castiglione

10 commentaires:

claire a dit…

J'adore étudier la vie des femmes célèbres, des figures aux destins atypiques. Mais pourquoi faut-il toujours que leur fin soit épouvantable ? On dirait une punition divine... Je suis fan des divas hollywoodiennes glamour, mais : Jayne Mansfield décapitée à 37 ans, Marilyn et sa fin que l'on connaît, Rita Hayworth alcoolique et sénile...

Pour la Castiglione, je pense que c'était une précurseur, mais son narcissisme et sa fin sordide, enfermée dans son appartement à l'abri des miroirs, me fait froid dans le dos.
Je crois qu'une expo de ses photos est prévue en mars, j'ai hâte de voir ça !

Pinkuette a dit…

Meilleurs voeux Adelina.
Merci pour cette découverte.
Je ne connaissais pas ce personnage, et je dois que ça me donne vraiment envi d'en savoir davantage sur elle.

Pinkuette

Anonyme a dit…

Je ne la connaisssais que vaguement
Tu me donne envie d'en savoir davantage sur elle à moi aussi

Andréa*

Océane a dit…

Je suis bien contente de savoir enfin à quoi se réfère cette photo ( la première que tu as inséré), je la connaissais sans vraiment la connaitre !!
Merci Adelina!

Adelina a dit…

Claire la fin d'une vie, c'est toujours triste. Dans le cas de Castiglione c'était une fin presque sordide, mais elle a réussi à transmettre son image à travers le temps. Son portrait avec le cadre vide est devenue le symbole de la photographie.

Merci pour vos commentaires, je suis râvie de partager mes décoivertes!

stilettostetico a dit…

Une évocation franchement passionnante (Je ne la connaissais que de nom ) !!! ET OUI un narcissisme exacerbé (d'une stupéfiante modernité) qui lui confère un authentique statut de pionnière en matière de culte de l'ego . . .

à Bientôt, Antoine

Alekss a dit…

Il y a un lien à faire entre cette femme et Warhol, pour qui le tournage de mini-films était le moyen d'immortaliser les acteurs. Pour lui l'image était tout, et il semble que le dernier testament, l'ultime vérité de la Castiglione soit également son image rendue impérissable.

elwind a dit…

Très bel article d'une figure féminine qui m'a toujours intriguée et fascinée ! J'ai vu sa tombe au Père Lachaise.

AMAZING GRACE a dit…

Très beau portrait de la comtesse Castiglione, un personnage vraiment fascinant !

Sylvia H. a dit…

J'adore le petit message que vous faites sur la comtesse de castiglione. Autrefois, j'essayais vainement de trouver des photos d'elle maintenant que vous avez mis quelques livres, j'y cours à la fnac.

Bonne chance pour la suite!

n'hésitez pas de faire un tour:

http://aphrodisiac-toy.blogspot.com/